France

11 novembre : Sarkozy m'a tuer

De la victoire nationale au mythe fondateur européen

On entend souvent dire que l'Europe a besoin "d'âme" ou d'une d'un récit commun. Elle en a bien un pourtant, un mythe fondateur, un moment historique : les deux guerres mondiales, leur cortège de morts à l'échelle industrielle, sans grand équivalent au monde, et qui se chiffrent en dizaines de millions.

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Le terme de mythe n'est pas péjoratif. il ne sous-tend pas que les faits ne sont pas réels, mais il leur donne un sens précis.

Les commémorations des guerres, en particulier de la première, étaient à l'origine pour les français celle de victoires. Etrange victoire que celle qui à laissé la France exsangue et, avec elle, fait passer l'europe du statut de leader mondial à<celui, dès 1945, de territoire sous tutelle des nouvelles puissances mondiales.

Les poilus eux-même , en grande partie, étaient devenus de fervents pacifistes. Un peu à la manière des vétérans américains du Vietnam, les horreurs les avaient vaccinés contre les élans patriotiques sans mesure. On cherche d'ailleurs dans les année 20 à bâtir un nouvel ordre, avec la création de la société des nations.

Pourtant, tout cela échoue.Le 11 novembre garde pour les français son statut de victoire "nationale". "L'Allemagne paiera". La nation reste dans son bon droit, et rien ne change.

Il faudra une autre guerre pour que les européens se décident à dépasser la nation. Peu à peu, les commémorations du 11 novembre prennent un autre sens, qui culminera avec la poignée de main silencieuse de Kohl et Mitterrand.

Morts pour rien, l'Europe se souvient

Face à cela, la dernière commémoration en date du président français ressemble à une recette marketing aux pénibles clichés, avec sa petite fille innocente ( celle qui était en 2005 sur les affiches de l'UMP ?) annonant un texte sur les malheurs de la guerre façon "le corbeau et le renard".

Cette commémoration devrait être un moment d'introspection, une pause dans le flux incessant de "l'info" afin d' honorer la mémoire de ces millions d'européens morts...pour rien.

Cela ne se prépare pas comme un show, dans le bruit et sous les spots-lights. Les morts ont horreur du tumulte.

Pire encore, presque cent ans après, ceux qui ont refusé de se battre sont officieusement "excusés" pour leur "faiblesse". Ceux que l'armée française et allemande a fusillé pour refus de combattre sont pourtant les vrais héros. Ce sont eux qui dans les deux camps, on défié la légitimation de la haine nationale et du meurtre.

Cette détermination à refuser de tuer, il l'ont payé de leur vie. Pour cela, il méritent notre plus profond respect et un monument ne serait pas de trop. Mai 68 ironisait avec le slogan " mort pour rien". Il suffit d'ajouter "l'europe se souvient" pour que cela prenne enfin tout son sens. la-nation-c-bien.jpg Le président français avait l'occasion d'aller plus loin pour asseoir notre récit fondateur commun. il s'est contenté de le packager à sa manière habituelle. A-t-il manqué d'imagination, d'audace, de réflexion ?

Merkel n'étaient pas la pour jouer les faire-valoir du médiomane président français, et c'est tant mieux : elle se rendait bien plus utile en Pologne ou il convient désormais de continuer à tisser le mythe fondateur sur cette autre blessure encore mal refermée.

Peut être serait bon d'entériner cet état de fait, et de faire de ces "victoires" des célébrations européennes. Alors que la plupart des pays fêtent leur libération "nationale", l'Europe trouve la aussi sa spécificité, en célébrant le dépassement de la nation.

Après tout, si il y a bien un chose qui peut faire l'unanimité, chez tous les européens, même les plus "anti", c'est bien un ou deux jours de congés de plus.

Références:

- Manipulations photos réalisées par mes soins

Note : pour les Bernard Pivot en herbe il convient de préciser, à tout hasard, que la faute sur la participe passé dans le titre est volontaire, bien entendu (pour une fois).

Epsilon, le comic retro-européen des années 80

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En 1988, le magazine Titans, bien connu des fans de super-héros, publie dans son édition locale, en marge des comics US de marvel, une série française " Epsilon, 20 ans, fils du néant".

Ecrit et dessiné par Jean-Yves Mitton et imaginé par Marcel Navarro, directeur de la publication, ce feuilleton adopte totalement l'esthétique et le style narratif des comics américains. Avec une particularité toutefois, l'action ne se passe ni à New-york, ni sur une lointaine planète, mais dans une Europe futuriste unie, étrange pour l'epoque encore bien plus qu'aujourd'hui....

L'histoire

Le jeune Epsilon se réveille dans " l'Eden" une citée-dôme de son "père", super méchant avide de pouvoir et doté de pouvoirs PSI. Ce dernier a évidemment de sombres desseins pour notre jeune héros, qui est d'ailleurs littéralement sa créature "artificielle". Celui ci n'entend pas se laisser faire et s'enfuit de "l'Eden" avec sa brune compagne...vers la liberté.

C'est alors que nous découvrons ou nous sommes, à la fois tout près, puisqu'il s'agit de Paris, et très loin puisque la ville, située en 2086 ( soit cent ans dans l'avenir), est devenue une métropolis futuriste.

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Mais le plus surprenant, pour Epsilon et surtout pour le lecteur, c'est l'étrange langue que parlent les autochtones. Paris est en effet l'une des capitales d'une Europe unie fruit d'un melting pot culturel.

Rapidement, nos héros doivent fuir la main mise du PSI sur les services de robo-police pour se réfugier dans les sous-sols de la ville, zone barbare sans loi ou l'on pratique encore l'ancien langage, entendez un français fortement argotique ( ce qui facilite la compréhension du lecteur!).

Finalement, ils découvriront comment le super-vilain a édifié son pouvoir : le monde extérieur n'est en réalité guère plus qu'un désert stérile suite à une guerre nucléaire en 2010. Le PSI ayant réussi à préserver Paris, sa capitale, il l'utilise pour affermir son emprise sur celle-ci, en même temps qu'il assoit son contrôle sur l'ensemble de l'Europe.

Les jeunes protagonistes sabotent alors les installations vitales et conduisent la ville, via la population souterraine, à la révolte contre le tyran...

Naissance d'une nouvelle guerre...des rêves

Ce comic, qui a maintenant tout juste 20 ans, fut écrit durant la guerre froide : la pop culture était alors obsédée par la division est-ouest . Rien ne s'élaborait sans ces prémisses, et rien ne semblait y mettre fin , si ce n'est l'holocauste nucléaire final débouchant sur des univers à la Mad Max et/ ou des cités bulles totalitaires comme l'âge de cristal (Logan's run), auquel l'auteur emprunte d'ailleurs l'idée générale.

Mais l'aspect 'pan-européen' est lui asses inédit. il est étrange de voir comment J-Y Mitton devance les thèmes dominant d'aujourd'hui d'une bonne dizaine d'année.

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La chute des républiques populaires, qui se produisit l'année suivante de la parution du comic, puis celle de l'URSS entera la guerre froide et plaça l'Europe face au défi de sa réunification.

Le traité de Masstricht et le référendum de 1993, marqua alors en france une rupture profonde dans l'imaginaire politique , tout en donnant naissance à l'Union Européenne. Désormais, la division gauche-droite même perd de son sens au profit de celle sur 'organisation de l'Europe et du futur de la France.

L'idée européenne est irrémédiablement née dans la conscience collective comme une réalité immédiate et de premier plan.

Tout cela ne se passait que 5 après la publication d'Epsilon... cinq années révolutionnaires, échappant à toute prévision.

Rétrospectivement, dans le contexte actuel, cette BD semble presque anodine tant ces thèmes sont aujourd'hui dans l'air, mais il en allait tout autrement alors.

En 1988. Le drapeau européen n'avait été choisi que depuis deux ans et demeurait largement inconnu du grand public. L'euro n'existait pas et l'ECU était une nouveauté réservé aux banques ( l'auteur fait alors preuve de chance ou d'intuition en baptisant la monnaie du futur "euroécu")

L'idée même d'europe unie n'était le fait que de quelques utopistes et visionnaires et n'appartenait pas au domaine de la réalité "visible". L'europe n'avait dure reste, même dans les productions fictionnelles, qu'une place extrêmement marginale.

Certes il y avait la CEE et le "marché commun", mais les affaires de quota d'importation de bovins et les normes des téléviseurs ne passionnaient pas les foules. Au mieux, un grand oncle acquiesçait machinalement en ajoutant que le marché commun c'est "le futur pour les jeunes". Aucun lien n'était tissé entre cet embryon et ses développements à venir

Bref, l'idée d'un devenir politique en dehors de la lutte est-ouest ou de la nation française n'existait tout simplement pas au sein de l'imaginaire collectif.

Rêve, imaginaire et politique

L'histoire ne dit pas quel est le parti pris de l'auteur sur l'idée européenne en général. Mais le lecteur est plutôt conduit à s'identifier à des références nationales (l'underground et son argot parisien) et le comic reflète comme une vague anticipation de la peur populaire de perdre son "identité" au sein d'un melting pot culturel européen étrange et finalement étranger aux héros. polis

Epsilon aurait pu avoir un jeune acolyte issu de cette société...cela aurait été d'autant plus intéressant pour connaitre le point de vue des habitants de cette métropolis et leur culture, mais cette question est éludée.

On ne sait du reste pas comment cette europe s'est construite. On supposera qu'après l'holocauste les européens ont fusionné leurs cultures en même temps qu'ils reconstruisaient leurs villes et leur société, mais rien n'est explicité. En tout état de cause, le PSI en profite et se glisse au cœur du processus.

Mais Epsilon reste fondamentalement ouvert. La métropolis européenne demeure un meilleur endroit que celui du PSI, et ses citoyens ne sont pas foncièrement mauvais. Mais le plus intéressant est que la BD décrit un fait, non pas une opinion : cette étrange culture pan-européenne existe, et n'est pas vraiment rejetée en soit par l'auteur et les personnages.

Jean-Yves Mitton à d'ailleurs avec Mikros, la série précédant Epsilon, une approche particulière du super-héros : " Le super-héros type "Marvel" est très loin du lecteur. Il est ce que voudrait être le lecteur. Or, Mikros, sur la fin, n'est pas du tout ce que voudrait être le lecteur ; il est le lecteur. On ne la lui fait plus. Il se rend compte que le monde n'est pas si manichéen avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre"

Ainsi, une certaine liberté d'interprétation est permise aux jeunes lecteurs d'alors. J'étais d'ailleurs de ceux-là, et après être totalement passé à coté de l'intrigue rocambolesque et de l'aspect "complot" , je fut fasciné par la découverte de cet europolis et de ce langage baroque.

Ici aussi, chez nous, le futur pouvait se remettait en marche, et peut être, demain ne serait pas la répétition d'aujourd'hui.

Découvrir une la france mutante ayant donné naissance à un nouveau un "euro-pays" n'avait rien d'effrayant pour le jeune lecteur de l'epoque élevé dans la croyance immanente au progrès, religion laïque qui envahissait encore le champs de la politique comme celui de la (science) fiction.

L'expression "construire l'europe" prenait alors tout son sens et le lien pouvait naturellement se faire avec la CEE de l'époque et l'acte unique récemment mis en marche. La modernité et le progrès, concepts abstraits ou lointains, s'incarnait désormais un peu plus, après Epsilon, dans la réalité proche et quotidienne .

Même ( surtout) en introduisant des phantasmes assez caricaturaux, J-Y Mitton menait ainsi sans le savoir une offensive décisive dans la "guerre des rêves", telle que Marc Augé la définit dans son essai du même nom.

En créant un univers relativement marginal, pour partie hors de toute référence médiatique lourde, Epsilon donne des ailes à une réalité en gestation. C'est bien le processus de création de l'imaginaire que Marc Augé décrit à travers le triangle de circulation entre littérature, inconscient et univers médiatico-politique.

La fiction et l'imaginaire sont peut-être encore plus nécessaires que l'on ne le croit à la vie politique : une idée, aussi révolutionnaire soit elle, n'existe que si les masses s'en emparent, à travers le rêve engendré par la littérature et non par la politique elle même. Dans d'autres régions du monde, comme l'amérique latine, l'investissement du terrain fictionnel n'a pas encore eut lieu, et le futur, le mercosur, demeure un éternel "marché commun" .

Peut être un jour les anciennes colonies iberiques, partageant la même langue et les mêmes fondements, se mettront à rêver explicitement de leur devenir commun. Mais cela sera à la faveur des œuvres à venir d'un nouveau Marquez, Neruda ou grâce aux écrans de cinéma. euro-paris.jpg Aujourd'hui et ici cependant, de l'aveu de Marc Augé, un assaut tel qu'Epsilon dans la guerre des rêves est de moins en moins possible, les médias, par leur omniprésence, cannibalisant eux-même la fiction et l'imaginaire, au point que celle-ci tourne dangereusement en cercle fermé.

La guerre des rêves menace de se terminer, mais sans vainqueurs et avec une principale victime : le rêve lui même.

A la place: un présent immanent, perpétuel, baignant dans une soupe informative...et simultanément, la peur de s'en extraire et d'affronter l'avenir.

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Références :

Résumé, référence, et liste des albums

le site de l'auteur, avec une page sur Epsilon

biographie de Marcel Navarro

LA GUERRE DES RêVES, Exercices d’ethno-fiction, MARC AUGÉ, 1997, Seuil

Epsilon, touts droits réservés éditions lug 1988 et ses ayant droits

Sur l'europan que parlent les protagonistes, Epsilon était la aussi en avance sur l'Europanto de Diego Marani de près de 10 ans. Voir notamment : europanto.be, le site consacré a l'europanto ;)

Un grand merci à Roland Guissani pour m'avoir permis à l'époque de découvrir cette série, et d'en retrouver la trace aujourd'hui. Loué soit Son nom.

Des européens sur la lune en 2020 ?

le 29 septembre 2008, l'ATV jules Vernes, le premier vaisseau spatial européen automatique et l'un des plus perfectionnés au monde, est rentré de la station ISS pour être volontairement désintégré dans l'atmosphère.

Les Russes ne s'y sont pas trompés et pressent déjà l'Europe de le convertir en vaisseau habité pour une mission en direction de la Lune. Pendant que l'UE tergiverse, la Chine vient de mettre pour la troisième fois des taikonautes dans l'espace...

Une mission lunaire européenne parait au dessus de nos moyens et hors de nos préoccupations...et pourtant...

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Vous téléchargez des MP3 ? Remerciez le parlement Européen...

Suite de l'interminable feuilleton "la france contre l'internet libre, au secours l'Europe"

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Ma grande mère, Marseille, le rap et l'Italie : e viva l'Europa !

J'espère être meilleur fils ou père que petit-fils.

Car le moins qu'on puisse dire c'est que je ne vais pas souvent rendre visite à mes grands parents, ceux qui restent, du coté maternel. Au rang des excuses, il y a ma vie de famille et un travail exigeant.

La distance compte aussi pour beaucoup, Marseille n'est pas le bout du monde, mais y aller et revenir prend plus d'une demi-journée, sans compter le péage et l'essence. Mais c'est un faux fuyant : la distance qui existe avec mes grands parents ne date pas d'aujourd'hui.

Ma grand mère italienne, ne sait pas lire le français ( ni mon grand père, français de naissance du reste).

Avant même qu'elle obtienne le certificat d'étude, c'est ma mère qui se chargea de lire les factures et de remplir les formulaires, allant jusqu'à les signer. Quant à moi, dès que je lu mes premiers BD, la distance commença à se creuser. A l'âge ou, comme toute tête blonde, je me passionnais pour les dinosaures, mes grands parents ne comprenaient tout simplement pas de quoi il s'agissait.

Nous vivions dans des mondes différents, et cela n'a fait qu'empirer. Même si elle ne l'a jamais dit, ma grand mère en est consciente.

Un jour où elle était de bonne humeur, à la fois gonflée de fierté à cause de "mes études" interminables et peut être un peu complexée, elle insista pour me dire "qu'avec le français je n'ai jamais pu...mais l'italien ça je l'écrivais très bien, j'étais très forte. Pas le patois, le vrai italien, attention. J'écrivais même les lettres d'amour pour mes copines".

Venue de d'Ischia, près de Naples, en 1947 (dans des circonstances que l'on se contentera de qualifier de floues), afin de rejoindre sa sœur installée à Avignon,sa première villégiature en France fut... la prison,probablement à défaut de papiers.

C'était l'Europe d'il y a un demi siècle, avec ses barbelés, ses douaniers, ses papiers.

Le temps a rattrapé la passé, le progrès a bien eu lieu, aussi radical qu'invisible : les frontières ont disparu, les distances se sont rétrécies....

il gira del mondo !

Au début des années 90, muni d'un billet inter-rail, j'entrepris avec un ami de partir à la découverte de l'Europe sans frontières.

Ma grand même hocha la tête en s'exclamant: "fa il gira del mondo!".

S'empressant de corriger les ambitions à la baisse, ma mère lui expliqua que non, pas du monde, mais de l'europe, et que c'était déjà beaucoup. interloquée, ma grande mère lui répondit, avec un geste tout italien :" è quoi ? c'est pareil !".

Au bout de quelques minutes de vaines explications, nous finîmes pas rire tous les trois de la confusion.

Mais c'est vrai, finalement, que l'Europe est un monde miniature. D'autant plus si on considère le vécu de ma grande mère.

Quant à moi, J'ai profité de ce voyage pour rendre visite à sa sœur d'Ischia( ma grande tante donc ), lors d'une escale napolitaine : accueil somptueux, embrassades, baignade et promenades, charabia hispano-franco-anglais pour se faire comprendre, pizza, rencontre de jeunes issus de la famille depuis l'Australie jusqu'à l'Amérique du sud, re-pizza, re-embrassades, et départ...avec un sandwich à la mortadelle (merci toufik pour le don du tien)

Tu voi fare il europeo, europeo...

Durant le séjour, lors d'un diner chez l'une des innombrables branches de la famille maternelle, une dame s'avéra parler français, aussi bien qu'italien. Elle était Marseillaise, tout comme votre serviteur. Son neveu, lui aussi, était parti en voyage, mais de l'autre coté de l'atlantique " pour enregistrer son premier disque de rap". Le groupe en question, c'était I am, qui allait devenir LE groupe de Rap Marseillais, sinon français. Il en était alors à ses balbutiements, mais des cassettes s'échangeaient déjà en privé dans les alentours de la ville phocéenne.

Dans "l'americano", justement, Akhénaton, le chanteur du groupe raconte ses errements identitaires.



Découvrez Akhenaton!


D'origine italienne et espagnole ( un mélange banal, pour ainsi dire une norme dans la cité phocéenne), il ironise sur l'omniprésence de l'héritage italien durant son enfance marseillaise, "croyant que tous les français mangeaient du poulpe à longueur de temps".

La polenta à ma préférence, mais je pourrais en dire autant.

A l'école primaire, dans ce petit village au nord de l'estaque que mes parents avaient choisi, 90 % des patronymes étaient d'origine italienne, corse, ou espagnole: Esposito, Davino, Guzzi, Cortez, Pistoresi, Del campo...comme le chanteur d'I am , j'ai attendu longtemps avant de voir un "Dupont" ou "Dumoulin" qui me semble encore exotique ( j'exagère à peine, il y avait quand même un "Laval").

La France que nous connaissions n'était pas la même que la France "supposée", ce qui, pour certains d'entre nous, posait problème. Qu'étions nous vraiment ? Si la question était la même, les réponses, elles, divergèrent.

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Recompilation de titres d'Akhenaton, qui présentement fait le couillon sur la photo

A l'âge ou Akhenaton, comme il le raconte dans "l'americano", s'identifie au rêve américain et à sa modernité au travers d'Antonio Montana et d'autres enfants de la little italy, ma tante Marie me fournissait (non sans mal) un écusson du drapeau européen que ma mère me cousît sur les avants bras de ma veste en jean.

Lorsque le chanteur d'I am, après ses désillusions au sujet du rêve américain ( il faut écouter la chanson...), se débarrasse de sa balle de base-ball et se tourne vers la mediterranée comme berceau de son identité , embrassant du même coup la religion islamique, j'expérimentais quant à moi lors des mes premières années de fac un "eurostyle" personnel, allant jusqu'à ostenter d'un drapeau européen en brassard, réalisé à partir d'une épaulette de gabardine "new wave".

Contrairement au chanteur d'I am, je n'avais pas de pépé Guiseppe (mon pépé Paternel étant corse...).

Mais j'avais un tonton Gaston de parents napolitains, dont toute la famille était partie à New york,...et celui ci ne se lassait pas de me répéter, avec sa mimique à la De Niro : "tu vois, Philippe, en Amérique, le plus pauvre de la bas, c'est le plus riche d'ici" ( rassurez vous : même à neuf ans, j'avais beaucoup de mal à le croire)

En matière d'identité, "les fils choisissent les pères".

L'autre Philippe, celui d'iam ( puisque nous portons aussi le même prénom), cherchait ses racines dans des icônes cathodiques, puis dans une mediterranée et un islam magnifié. J'ai préféré plonger dans l'avenir, sur la voie d'un rêve à inventer, derrière les costumes gris et les images sans "brillo" des années 80.

Finalement, ce rêve là n'est pas si différent de celui d'Akhenaton, au départ, ou à l'arrivée : celui d'un pays qui dépasse les frontières étriquées de la France pour embrasser toute notre identité et plus encore.

Ce ne sont pas les Etats-Unis d'Amérique. C'est encore mieux: Les États-unis d'Europe.

Piu grande l'italia !

Mais revenons à ma grande mère.

bien des années plus tard, les discussions sur un changement prochain étaient dans l'air : l'euro allait bientôt remplacer le france.

Dans leur petit appartement des "Quartiers Nord" ( les marseillais n'emploient jamais cette expression), entre napperons en laine, meubles en formica et vierges en plastique, ma mère entrepris d'expliquer à ma grand-même les changements à venir.

A ma grande surprise, au lieu de ronchonner comme toute personne âgée digne de ce nom, ma grand mère s'exclama " e alora c'est très bien ça ! c'est mieux, tous la même monnaie !".

J'étais un peu surpris que ce soit une évidence pour elle...et pas peu fier.

Ma grand mère ne maîtrise peut être pas le français, mais elle était (encore) capable de faire preuve d'imagination et de reconnaître un progrès quand elle en voie un.

On ne peut pas en dire autant de beaucoup de personnes âgées, et de personnes tout court, qui elles savent lire et écrire ( même si c'est uniquement pour faire le loto).

Probablement faut il y voir le fait que son identité, encore ben plus que la mienne, n'est pas exclusive. Mais il y aussi peut être quelque chose de plus profond, de plus "italien".

Les italiens sont capables du meilleur comme du pire, au contraire des français, prisonniers d'un carcan de medio-critée constante.Ils ont porté au pouvoir Mussolini...et s'en sont débarrassés eux même.

Instigateurs de la télé-paillette et poubelle à l'américaine bien avant les français, ils ont aussi introduit en Europe, via la RAI, les dessins animés japonais, provoquant une révolution qui n'est toujours pas terminée.

Cette liberté d'esprit est aussi au cœur de la politique. Malgré toutes les insuffisances de la république italienne, les violences et, aujourd'hui, le populisme du condottière, le débat a toujours été plus intense et plus libre, se prolongeant jusque dans le cinéma ( le fameux cinéma "social" qui connaît aujourd'hui un certain renouveau).

La liberté d'esprit des communistes italiens leur a ainsi très tôt fait prendre fait et cause pour l'intégration européenne et être au cœur de l'éphémère eurocommunisme ( voir cet article).

Récemment, le parlement italien à même ratifié le traité de Lisbonne...à l'unanimité !

Quand j'ai dit à ma grand mère que je pouvais obtenir un passeport italien, cela déclancha un "nooooon, ma porquoi ?" consterné. Après tout, c'est elle qui a (encora!) raison. 2270547183_982ab27f0b_o.jpg

Sur mon passeport français, la seule chose qui m'inspire un certaine fierté, surtout ces derniers temps, c'est bien la mention " communauté européenne". Un passeport italien n'y changerait rien.

liens

http://fr.wikipedia.org/wiki/IAM

http://www.euromediterranee.fr/

Référendum: les banlieues votent non...

...a la France.

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Eurogames, ou le jeu à l'Européenne ( il serait temps d'oublier le Monopoly)

Dans les années 70, à une époque ou le Monopoly était encore roi dans les foyers européens, ce sont les italiens qui innovent dans le domaine du jeu de société en Europe. Un éditeur, International Team (IT) devenu aujourd'hui une légende, est l'un des premiers à concevoir et à distribuer des jeux de société élaborés et des jeux de rôles, loisir alors balbutiant, et ce, à travers tout l'Europe.

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Conséquence de cette vocation : Les règles, mais aussi les éléments des jeux sont donc simultanément multilingues: italien, Anglais, Français et Allemand. Après la disparation de la firme en 1989, c'est Duccio Vitale qui, reprenant le flambeau, crée en France la société "Eurogames". Les années 90 voient murir les jeux crées par IT et en ajoute d'autre au catalogue.

Parmi eux, Europa 1945-2030, crée avec Leo Colovini, propose rien de moins que la réalisation de l'unité de l'Europe. Un matériel somptueux, un respect des principales étapes historiques et surtout, un "vrai" jeu aux mécanismes prenants : chacun joue pour soi, en essayant de développer le plus d'influence politique, par un jeu d'alliances délicat subtiles.

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La simulation, de qualité, se limite toutefois à l'élargissement. L'approfondissement n'est pas ( encore ?) abordé.

Mais le terme ""Eurogame", avant de devenir un nom propre, désigne surtout un style de jeux particulier, ou prime la fluidité du mécanisme, contrairement à leur ainés "américains", aux règles souvent complexes qui les réservent de facto à des initiés.

Ainsi, grâce aux Européens, et en particulier aux Allemands, le jeu de société a connu un renouveau à partir des années 90.

Les colons de Catane de Klaus Teuber, elu "Spiele des jahre 1995" , marque une véritable révolution. Devenu le "monopoly du XXieme siècle", ce jeux sans affrontement guerriers ni temps mort propose à quatre joueurs de créer le premier le plus de cités, sur une ile déserte fruit de toutes les convoitises..

Chacun y exploite, ou à défaut y échange les matières premières ( bois, argile, pierre, blé et mouton), dont la combinaison est nécessaire à la construction de routes et de cités, qui à leur tour produiront davantage.

Le style "Eurogame" est fluide. Une fois compris, nul besoin de se référer à la page 27 du livre de règles. On retrouve également dans les thèmes, à la fois exotiques et pacifiques, la sensibilité européenne d'aujourd'hui, dont le succès déborde maintenant l'Europe elle-même.

Bref, si vous en étiez resté au trivial poursuit, les Jeux made in Europa vous surprendront ! Courrez donc chez votre boutique la plus proche...

Références:

Les règles d'Europa

Europa surTricTrac, le site français des jeux de société nouvelle génération

un site consacré aux jeux d'international Team

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