Espagne

Ma bagnole, phénomène européen total

Les sociologues parlent souvent de « phénomène social total ».

Le foot par exemple. A y regarder de plus près, un match parle de toute la société dont il est un miroir et une miniature. On y retrouve toutes les catégories sociales, toutes les opinions politiques et souvent des enjeux à la fois nationaux, régionaux, internationaux, politiques, culturel et économiques…

Et bien, moi, ma bagnole c’est un phénomène européen total.

Pas une Mercedes, ni une « classe A », pas même une Laguna. Juste une C15 Citroën, et de 15 ans d’age. Diesel, naturellement.

Un œil Espagnol, et l’autre…

L’autre jour je l’ai trouvée sur le parking, un phare cassé. Un sombre abruti avait eu la délicatesse de me laisser un mot pour me conseiller de « mieux me garer la prochaine fois » , mais sans ajouter son numéro… con mais pas fou.

J’ai roulé un moment avec le phare cassé, avant de me décider à le changer, en commençant par appeler les casses. Évidemment, je voulais le phare gauche, et tous me proposaient uniquement le phare droit. Irritant mais prévisible, n’est ce pas ?

Muni enfin de mon phare brillant car flambant NEUF , le capot grand ouvert, j’entreprend d’extraire le phare défunt en comparant sa position avec celle du phare encore valide. Sur le métal fatigué de ce dernier, rendu orangé par l’oxydation, trône une étiquette jaunie : « made in spain ».

Sur mon phare neuf , éblouissant comme un casque de légionnaire romain est apposée une étiquette blanche : made in romania.

Du haut de mon histoire de phares ( passionnante…) 20 années nous contemplent.

Ma C15 – peut on faire plus français comme bagnole – m’éclairait avec des yeux espagnols. En réalité, elle devait être fabriquée, comme nombre d’articles français des années 80-90 ( notamment les téléviseurs), en Espagne, récemment intégrée à la CEE d’alors.

La roue tourne. 20 ans après, grâce à ces « délocalisations » d’alors l’Espagne n’est plus un pays à la traîne, et la « concurrence » espagnole ne fait plus peur au français de base. N’empêche qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

Notre mémoire est courte, mais les politiques français ont pendant longtemps retardé l’intégration de l’Espagne, de VGE au PCF, notamment en raison du lobby des agriculteurs français….

Ironiquement, les acteurs changent, l’histoire elle demeure avec l’arrivée des roumains…qui font aujourd’hui, en Espagne même, les frais d’un rejet. Entre temps, la peur du « plombier polonais » et des « délocalisations » sont revenus en France, plus virulente encore qu’a l’epoque.

N’empêche, ma C15 française made in spain éclairera ma nuit avec un œil made in Roumanie. Et j’en suis fier. Dans 20 ans, quand les roumains auront atteint le niveau de l’Espagne, espérons qu’il s’en souviendront. J’en doute cependant.

Quelquefois, la France et l’Europe me cassent les couilles

Comme souvent avec l’Europe, tout n’est pas aussi simple. Cela aurait été trop beau.

Si mon éblouissant phare neuf était à priori exactement similaire à l’ancien, je n’arrivais pas à y faire pénétrer l’ampoule. Une horripilante excroissance métallique de quelques millimètres semblait placée la juste dans le but avoué de m’empêcher à faire passer l’ampoule….ce qui paraissait absurde.

J’ai quand même du casser une ampoule avant de comprendre ( merci Google), que les normes européennes avaient changé entre temps…ou qu’on était passé du bordel de « chacun ses normes » à « tous la même ». Bref que le culot du phare avait changé.

Avant de le comprendre, j’ai été tenté de croire aux complots les plus biscornus ( l’alliance turco-polonaise de l’internationale des plombiers ultra-capitalistes chère à Devilliers-fabius ).

Après l’avoir compris, j’ai quand même maudit les technocrates, l’AFNOR, les ministres français et les commissaires européens de m’avoir fait perdre du temps et une ampoule.

Oui, je l’avoue, la surenchère de normes, même nécessaire, me gonfle. Quand à l’inflation législative, française et européenne pour nous protéger, du tabac, de la nourriture grasse, des chutes à vélo ou des risques en sortant de la baignoire, la carrément, elle m’exaspère me casse les couilles.

Si les autorités françaises comme européennes sont conduites à cette surenchère, c’est finalement pour la même raison : comme dérivatif à leur incapacité à légiférer sur ce qui est vraiment important. L’ « Europe » qui présente un intérêt, ce n’est pas celle des « patchs » bien pensants , de « l’aide à la personne » et de la « lutte contre la discrimination » ou « l’obésité ». Celle la, je vous la laisse bien volontiers.

L’Europe qui a un sens et une importance, c’est l’Europe politique. Celle qui sera capable de prendre de vraies décisions sur la scène internationale et de diriger de manière cohérente son devenir économique. Cella la, elle reste à construire…et pour cause.

Epilogue

En réalité, il s’agit de la version courte de mon (extraordinaire) histoire.

Tout cela, en dernière analyse est du à la nécessité de changer ma plaque d’immatriculation, suite au franchissement d’une frontière, à 20 kilomètres de mon ancien domicile.

Non je n’ai pas franchi les limites d’un Etat, mais l’une de ces 100 frontières qui quadrillent la France et que le « monde nous envie »: le département. Forcement, vu que cette division administrative fut découpée à la révolution en fonction d’une journée de voyage à cheval, il n’était pas question à l’époque de plaques d’immatriculations…

Ce petit épisode administratif s’est quand même soldé au total par plus de 500 euro de frais…vu que mon salaire est loin d’être celui d’un (méchant) eurocrate, et tout aussi éloigné de celui d’un (honorable haut) fonctionnaire français, ça fait très mal. Pour pas grand-chose.

Mais ceci est l’histoire du « département », et c’est une autre (vilaine) histoire…

Salut, je suis roumain ... et plombier !

Bolkenstein, l'invasion des plombiers polonais, vous vous rappelez ? C'était pendant la campagne sur la constitution.

L'argument rationnel, à savoir la peur de se trouver en concurrence avec des personnes soumises à des lois moins protectrices n'est finalement pas le cœur du problème. Comme on le sait aujourd'hui, la "directive service" n'avait rien à avoir avec la constitution. La preuve, ce projet de loi a suivi son cours au parlement européen et a été votée, avec beaucoup d'amendements il est vrai et dans l'indifférence générale. Du reste, les règles sur la rémunération minimale fixée par les États n'ont jamais été concernées par la directive "Bolkenstein".

Combien de français le savent ? Et surtout, combien se soucient de la réalité ? Et comment expliquer une telle peur ?

Si l'invasion des plombiers polonais avides de travailler en France pour une poignée d'euros , à ma connaissance, ne s'est toujours pas produite, la psychose continue en Europe de l'ouest, en particulier en Italie et en Espagne , avec les Roumains.

Donnez lui le nom que vous voulez: racisme, xénophobie, ce qui est certain c'est que le ressentiment populaire est bien réel et n'a rien de très nouveau. A un tel point que le gouvernement Roumain a mise en place, avec le gouvernement espagnol, une campagne afin d'améliorer l'image de leurs compatriotes.

Intitulée "hola, soy Rumano" (Salut, je suis Roumain), elle comprend notamment plusieurs spots télé mettant en scène des Roumains intégrés dans l'economie espagnole comme de "bons professionnels". Les spots se terminent par " junto hacemos un gran equipo" ( ensemble, on fait une grande équipe).

On peu regretter le coté un peu "guindé" de la communication-verité et une argumentation qui instrumentalise le citoyen Roumain. Et si Mircea ne sait rien faire de ses mains et de "sert" pas à ses employeurs, en devient il indésirable pour autant ?

L'image transmise à aussi des connotations serviles, avec le scénario répétitif de l'employé dévoué au coté de son chef, qui finalement ne sont pas très positives non plus. Le spot a d'ailleurs été repris en dérision sur TV3 (la télévision catalane) pour illustrer l'éternel ressentiment catalan-castillan. On y voie un dramaturge "polaco" ( qualifié ainsi puisque les castillans traitent les catalans, qui ne veulent plus être espagnols, de "polonais"), tout dévoué à sa maitresse espagnole Castillane, laquelle nous assure que parmi les mérites de cet immigré, le fait de "parler en chrétien" (hablar en cristiano, une expression traditionnelle un peu rancie) n'est pas des moindres

Mais cette campagne a au moins le mérite d'exister, même avec ses maladresses.

Car au fond, il n'est pas facile de lutter contre un préjugé, car justement, il n'agit pas au niveau de la raison mais des sentiments. On y retrouve surtout, en temps de crise, la crispation sur le problème de l'emploi , à "conserver" pour les "nationaux", et la peur de la concurrence, enrobée dans une peur du pauvre qui en fait une menace concrète, physique. Il en résulte un sentiment haineux , que l'on observe par exemple sur le forum de l'initiative.

Beaucoup d'espagnols assimilent ainsi l'ensemble des 700 000 Roumains avec le peu qu'ils en voient quotidiennement: des roms mendiant au carrefour des rues. Il n'en faut pas plus pour forger une représentation.

Du reste, justement, il y au moins autant de roms en Roumanie que de gitans en Espagne...et les espagnols eux-même ont pendant longtemps souffert d'être assimilés en Europe avec la pauvreté et traités en citoyens de seconde zone, des espingouins, des conchitas tous justes aptes à faire le ménage la. C'était il n'y a pas si longtemps.

Peut être que rappeler cette simple réalité aurait été une façon à la fois plus efficace et plus justifiée de lutter contre l'hydre des préjugés.

Références:

Le site de la campagne : http://www.holasoyrumano.es/campaign

Quand les socialistes Européens se réveilleront...s'ils se réveillent...

...l'Europe tremblera. Enfin, on l'espère, il leur reste moins de 12 mois pour préparer le séisme.

Dans le série partis politiques européens, le Parti Socialiste Européen (ou PES), est le troisième "vrai" parti européen au niveau de son intégration.

Bien que la Confédération des Partis Socialistes d'Europe date des années 50, c'est dans les années 90 que le parti des socialistes Européens est crée, pour aboutir au Parti Socialiste Européen 2001.

Les latins ( et les français en tête) y jouent historiquement le rôle de poids lourd, représentant une tendance plus traditionnelle face aux laboristes plus pragmatiques. Pour compliquer les choses, s'y ajoutent aussi la radicalisation d'une partie d'entre eux (comme Die Linke en Allemagne), qui par sincérité ou par opportunisme ( suivez Fabius du regard) jouent les trublions dans l'amélioration des institutions.

Une bonne initiative est à mettre à leur actif: les élections européennes de 2009 ont débuté pour les Socialistes Européens, avec l'ouverture d'un site de débat, manifesto2009.pes.org.

Un "yourspace" vous permet de poster librement votre opinion, ce que votre serviteur s'est empressé de faire en publiant la lettre ouverte aux partis politiques d'Europe: http://www.manifesto2009.pes.org/

Socialistes, donnez nous un candidat à la présidence (de la commission) Européenne !

De préférence, et dans votre intérêt, une personnalité connue dans toute l'Europe, charismatique, incarnant l'idéal socialiste tout en étant pragmatique...enfin, si vous voulez décrocher l'Europe, et jouer un rôle historique.

http://manifesto2009.pes.org/en/contribute

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