Parlez-vous nonistien ?
Avec le déferlement exceptionnel de commentaires sur un précédant article, l'occasion a été donnée de découvrir quelques échantillons de prose "anti"-constitution et anti-UE particulièrement hermétique au non initié.
Cette modeste introduction vous permettra, espérons le , de mieux saisir toute la subtilité de ce nouveau langage. Elle ne prétend pas bien entendu à l'exhaustivité, mais devrait néanmoins vous permettre de commencer à pratiquer "l'antitout" assez rapidement et vous faire ainsi de nouveaux amis.
Principaux éléments du champs lexical
- ultra ( ou neo) libéral : péjoratif. Se dit de tout évènement, politique ou personne qui vous apparait négatif ou en désaccord avec vous. Attention, "libéral" ne suffit pourtant pas. Toujours préférer la forme superlative de ultra-libéral au simple "libéral".
- technocrate : à ne pas confondre avec les geeks fans de ipods et de iphone. Attention, un technocrate ne peut jamais être qualifié de "libéral" ou "ultralibéral". En tout cas, cette association n'a jamais été observée. Peut être parce que technocrate est déjà un terme suffisamment insultant.
- Bruxelles: ville hideuse, car défigurée par les technocrates ( voir précédemment), siège lointain des "élites"
- Lobbie : totalement inconnus en france, les lobbies sont tous à Bruxelles.
- anglosaxon : voir libéral
- Diktat : mot affreux issu d'une langue barbare. Très prisé quelque soit l'orientation politique de "l'anti" pour décrire les prises de décision de l'UE au parlement ou au conseil des ministres.
Ex de Devilliers : " le Diktat de Bruxelles"
- "à la botte de", "à la solde de", "aux ordres de" : voir Diktat. Peut vous permettre d'éviter les redondances
ex : "le diktat de Bruxelles à la botte des technocrates"
- élite : synonyme de technocrate. Attention, certaines "élites" peuvent quand même désormais être dans le "bon" camps (Fabius, NDA...)
- les paysans : ils souffrent, c'est bien connu, à cause de l'Europe.
- les pêcheurs: voir paysans
- les camionneurs : voir pêcheurs
- concurrence : politique "libérale" des technocrates qui a eut pour conséquence de faire fondre dramatiquement le prix des telecomunications, des transports aériens, et bientôt, des envois postaux. Attention : l'exact contraire de la concurrence est le monopole, mais ce terme est très peu utilisé.
ci-contre: 'La libre concurrence empêche les capitalistes de s'entendre sur les prix. Et c'est très mal, bien sur
- l'euro : monnaie réalisée par les technocrates en vue d'appauvrir tout le monde. On se demande pourquoi ils sont si méchants, mais c'est pourtant bien le cas.
- référendum : la voix du peuple, qui dis "non". Sauf lorsque le peuple dis oui, ce qui dans ce cas est la faute du complot des élites et des ultraliberaux et des technocrates ( voir termes associés)
- Service public : très souvent confondu avec entreprise publique. Les services publics, reconnus explicitement dans la défunte constitution, ne le sont plus dans le nouveau traité qui en constitue le plan B.
- Peuple : Souvent utilisé en épithète , quelque soit l'orientation politique, pour opposer l'europe existante (et mauvaise) à une Europe idéale). Toujours au pluriel dans ce cas ( il n'y a pas d'europe "DU" peuple)
'Ex de Le Pen : Moi je suis pour une Europe DES peuples
- libertaire : comme libéral, tout ce qui contient le mot liberté est désormais à considérer avec la plus grande précaution. Le libertaire, issu de mai 68, pour des raisons mystérieuses, est le plus "libéral" de tous. La preuve, ils n'a même plus de cheveux longs et encore moins de sandales. Méfiez vous tout de même si vous rencontrez un libertaire qui a encore des sandales et les cheveux longs.
- la france : rien à dire. Utiliser le moins possible, c'est hors sujet, même si elle fait partie de l'UE et qu'elle en est l'un des principaux pilotes au Conseil des ministres. La France, telle la main innocente qui saisi le mauvais numéro n'est responsable de rien. il n'y a bien sur aucun technocrate, lobbie, ni aucun libéral en france.
le style:
- Règle générale : ne vous embarrassez de règles. Ou plutôt si, d'une seule, l'accumulation. N'ayez pas peur, peu importe si les verbes sautent au passage, accumulez les "références" du champs lexical précédemment évoqué. Au plus vous en utilisez, au mieux c'est.
- ne faites pas dans la demi-mesure : c'est tout ou rien. Ne cherchez pas à savoir comment parvenir à un objectif, si tant est que vous en ayez défini un, ce qui est fortement déconseillé. Peu importe la géopolitique, le fait qu'il existe d'autres régions du monde que l'europe beaucoup moins tendres que la notre, ni qu'il existe des états en Europe qui s'opposeraient au processus que vous décrivez. Nous ne le répèterons jamais assez: tout ou rien. Même et surtout si c'est rien.
- de la même manière, votre argumentation doit être "ma-xi-mi-sante" : l'europe doit tout faire sur tout. Exemple :
L'europe ne fait rien pour les personnes de petites tailles bisexuelle ? Je vote non.
L'europe ne fait rien pour promouvoir l'interdiction des combats de singes en banlieue " ? je vote contre.
Ci-contre, affiche d'attac : la constitution ne dis rien sur la prostitution ? je votre contre
De la même manière, ne reconnaissez surtout absolument rien de positif dans la construction européenne. On ne le répètera jamais assez. A la limite reconnaissez la vertu d'une coopération du type airbus, mais c'est déconseillé, votre discours perdrait en vigueur, et votre interlocuteur pourrait tourner cela à son avantage.
- ne vous embarrassez pas de détails : pas d'argumentation, contentez vous d'énoncer et d'utiliser le champs lexical. Au pire citez des économistes réputés " antilibéraux", leur seul nom suffit. Il existe, comme avec le label rouge pour les saucissons, un label "antiliberal" garantissant zéro % de libéralisme chez un individu ou un économiste. Vérifiez bien que votre économiste porte ce label de qualité avant de le citer.
-saupoudrez de références "engagées" : Prevert, Audiard, Marx, les teletubbies...ça fera cultivé, et ça LUI montera la valeur de votre argumentation. Mais le plus apprécié est quand même en conclusion une injonction du style " hasta la victoria siempre". ça fait classe, et ça signe. A éviter quand même si on est d'extrême droite, ça jure. Dans ce cas, un petit jeu de mot antisémite à la Lepen ou à la Berlusconi fait toujours son petit effet.
- faites feu de tout bois : peu importe votre sensibilité politique. Ne perdez surtout pas de temps à réfléchir, le temps joue contre vous. Pensez à ce que vous craignez le plus ( les turcs, l'avortement, les banquiers, votre belle-mère...) et lâchez vous:
Si vous (catholique irlandais) êtes contre l'avortement, l'europe est pour !
Si vous ( français athée) êtes pour, c'est que l'europe est contre !
Simple et efficace. J'aimerais voir la tête que va faire votre européiste béat. et toc.
On a tous une bonne raison de voter non, comme le dit lui même Devilliers ( réalisé sans trucages!)
- Soyez vigilant ! : L'européiste aveugle et sourd à la voix des peuples que vous portez avec courage va essayer de vous embrouiller avec ses trucs économiques ! Comme Ulysse avec les sirènes, il est recommandé de vous munir de cire épaisse et de vous boucher les conduits auditifs. Ne sous-estimez pas le danger, car si par malheur vous commenciez à rentrer dans ces considérations, cela pourrait signer votre perte. Dans ce cas, une formule simple peut encore vous sortir d'affaire , pensez à la garder sous le coude : " toi tu sais tout mieux que - placer ici l'économiste que vous avez cité, garanti 100 % sans libéralisme- "
- Vous êtes à court d'arguments ? : cela peut arriver, ne paniquez pas. Il est temps de sortir le jocker "complot". Votre piteux Europeiste est "manipulé", tout naïf qu'il est, l'ignorant. Rappelez lui que les technocrates complotent dans son dos depuis la fondation de la CEE ! Les médias, bien sur , eux aussi, sont à leur "solde". Dans la foulée, s'il montre une résistance, révélez lui, à ce pauvre hère, que les américains ne sont jamais allés sur la lune contrairement à ce que prétend leur propagande ridicule, et que, malgré ce qu'ON lui dit, Claude François est toujours vivant (la preuve ici).
Enfin, n'oubliez jamais, au grand jamais, que le peuple est à vos cotés. Il ne s'agit pas, bien sur de l'élection présidentielle française de Chirac avec Lepen au second tour ( avant), ni de celle de Sarkozy (après) qui ne sont évidemment que des exceptions, mais du référendum de 2005 qui a clairement montré à quel point les français étaient de généreux progressistes.
Hasta la victoria, siempre, y vamos a la playa.
Références:
- dessin humoristique sur la concurrence de http://www.debateco.fr
- affiche d'ATTAC pour le non a la constitution
- Affiche de Philippe Devilliers pour le non à la constitution
- la prose "anti" , dont un échantillon a été gracieusement déposé en commentaires de cet article
- voir aussi l'article Gallerie des euro-horreurs, qui decrit la même chose, en images
67 % des Irlandais ont ratifié le traité de Lisbonne
Boycottez le vote ! Vous souvenez-vous du traité de Nice ?
Le 'Monsieur +' de la Constitution
Apple : musique au juste prix
Traité de Lisbonne : arguments vaporeux


Commentaires
J'aurais préféré laissé de coté les articles pamphlétaires, mais vu le peu d'intérêt pour mon dernier article de fond, et l'attrait (masochiste) pour ce genre de chose...
Cher Maîtresinh,
Tout d'abord, je voudrais vous féliciter pour ce post, qui ne manque pas d'humour et est particulièrement bien écrit!! Si je n'ai pas commenté (ni même lu votre dernier post), c'est parce qu'il ne me concernait en rien. Vous l'avez compris, ce que je cherche, c'est défendre NDA.
Je m'y attelle de suite!! D'abord, à DLR (parti de Nicolas Dupont-Aignan) nous ne faisons pas du "tous pourris", "ces élites de Bruxelles qui nous assassinent". Par contre, c'est vrai qu'il arrive à NDA de dénoncer l'aveuglement des élites européennes (et il critique surtout celui des françaises qui ne défendent pas toujours les intérêts de notre pays) lors de certains choix. C'est peut-être un peu démago, mais à vrai dire ça ne fait pas de mal de temps en temps.
NDA est bien sûr une "tête", un intellectuel très brillant. Mais ce n'est pas une élite aristocratique, absolument pas. Il s'est fait tout seul, c'est un pur produit de la méritocratie. Il fait bien sûr partie de la classe aisée (salaire de député-maire), mais je ne pense pas qu'il soit une grande fortune. Le serait-il que cela ne poserait pas de problème particulier à DLR
Utiliser un vocabulaire péjoratif pour lutter contre les arguments d'un adversaire, cela me paraît de bonne guerre. Permettez-moi ensuite de vous proposer modestement un petit dictionnaire des arguments oui-ouiste (à ma mesure, je n'ai pas votre talent). Utiliser un vocabulaire péjoratif pour lutter contre les arguments d'un adversaire, cela me paraît de bonne guerre.
Voici donc un petit dictionnaire (qui se voudrait humoristique) sur les conceptions des oui-ouistes....
Europe: tout ce qui en provient est forcément bien, positif. Ajouter un drapeau européen sur une marque de lessive, ils en achèterons comme un seul homme.
Nations: concept daté (Renan, c'était au 19e non?) base de tous les fachismes et à l'origine de toutes les guerres. Moyen de résistance des petits. Elles doivent disparaître par tous les moyens, pour être ravalé à des communautés régionales.
Nonistes: ramassis d'extrêmistes populistes. Il y a d'un côté les fachistes et de l'autre les socialos-communistes.
Pouvoir européen: situé à Bruxelles et à Luxembourg, il est forcément le garant de l'intérêt général de l'Europe tout entière, constitué uniquement d'européens... Il ne leur vient pas à l'idée que les personnes qui l'incarnent pourraient défendre un autre intérêt général que celui de l'Europe (ils n'ont aucune origine)
Référendums et consultations: Régle n°1 quand c'est oui, c'est oui pour de bon. n°2 quand c'est non, recommencez jusqu'à obtenir oui. Puis se référer à la règle n°1.
Amicalement,
Tythan
Une petite dernière que j'avais oublié
Arguments des "nonistes" : s'y rattache forcément l'adjectif démagogique. Leurs ineptie et leur incohérence ne mérite pas qu'on s'y attarde. C'est vrai que les arguments des oui-ouistes vont tous dans le même sens (l'europe qui va nous protège style "L'économie n'a pas besoin de constitution, les citoyens si" vs conception libérale qui voit en l'Europe le moyen d'imposer les réformes qui ne seraient pas acceptées au niveau national) ou bien sont tous d'une grande pertinence (Grâce à la constitution, nous éviterons les guerres fratricides ayant ensanglantées l'Europe...).
J'ai oublié également de relever l'exemple du référendum espagnol: il n'y a eu aucun débat, la participation a frôlé les 30%...
Salut Tythan
Et moi qui m'attendait à recolter de pleines bottes de prose "antitout"!
Ou sont ils ? Comme quoi la provocation aussi a ses limites.
Vos critiques sont de bonne guerre, l'exercice est finalement assez vain et je dois vous avouez l'amalgame me dérangeait, tant il est évident que vous n'êtes pas visé.
Je parle là de nonistes "canonique" qui se recrutent ailleurs que dans la droite modérée, institutionnelle et encadrée dont vous faites partie.
Un précision sur le dico : je n'invente rien, tout est dans les commentaires de nos (enfin, vos
amis. Je me suis contenté de réaliser un glossaire.
Vous devrez chercher tres ( trop) longtemps pour trouver, dans le discours, cette définition des nations que vous mettez dans la bouche des pro-europeens. Au contraire, les europatriotes sont aussi et surtout des patriotes ( mais patience, l'article sur Renan viendra).
Sur la defintion de l'europe : c'est vrai que c'est synonyme de bien, de la meme manière que c'est le mal integral pour le noniste shivardien et autre. Mais les pro-europeens savent et disent que tout n'est pas parfait. C'est bien pour cela qu'il veulent l'améliorer ! ( et c'est bien pour cela qu'on parle de construction europeenne, elle est loin d'etre achevée)
Quand à la remarque sur la lessive, elle est tres interessante ( sans ironie). on y reviendra. Pour faire bref, Ce type de marketing me parait avoir connu ses heures de gloire dans les 80's ( europneu, euromaster, eurtruck, eurocuisine...), ou l'entreprise la plus insignifiante trouvait l'occasion d'affirmer sa modernité et ses pretentions, dans le cadre du "marché commune". Mais cela est vite devenu synonyme de "super-discount". L'exemple d'eurodisney, devenu disneyland paris, montre les limites de la popularité de ce terme. Ajoutez y l'hysterie "antitout" de ces derniers temps et vous verrez que le marketing europeen tend a se faire plus que discrets ces derniers temps. Meme leclerc lui prefere des pubs style " revendicatrices" dans l'air du temps.
Néanmoins dans mon cas, vous avez raison, mon europatriotisme me conduirait a preferer tout produit avec un gros drapeau européen, juste pour la plaisir..surtout si c'est moins cher ! Pour le reste il existe toute de meme un marketing europeen, qui s'appuie sur des valeur (ou des illusions communes) et qui connait un succes croissant : label commerce equitable, produit 100 % ecologique, lessive respectueuse de l'environnement,, un euro reversé pour l'achat du yaourt x aux enfants du mali, etc...
Sur votre defintion des " nonistes", vous n'etes helas, en terme numeriques pas loin de la verité. 20% de FN + 5 % de devilliers + 10 % de mouvances d'extreme gauche, ça vous fait deja 35 %. C'est d'ailleurs leur discours, qui audela des etiquettes presente un haut degres ( suprenant) d'homogeneité, que je pointe dans cet article.
Sur la demagogie : meme remarque. D'ailleurs je vous répond en ce moment. Et pour cause, puisque vous argumentez, vous.
Pour ce qui est du referendum : exact. j'ai corrigé ma defintion d'ailleurs ;).
Le fait qu'il n'y ai pas eu de debat doit etre du au "complot" des elites
Plus serieusement, l'espagne est tres peu politisée, le taux de participation y est traditionnellement relativement faible, encore davantage au sujet de l'europe, considérée comme " allant de soi" ( c'est surprenant pour vous, mais c'est pourtant le cas). Vous noterez qu'en irlande d'ailleurs, le taux de participation a aussi été relativement faible (un peu plus de 40 %, soit moins d'un irlandais sur deux, ce qui est tres peu).
Pour aller plus loin sur ce débat, je ne pense pas qu'on ai jamais eu de debat lors des derniers referendum . Par nature, le fait de demander aux gens de se prononcer sur un texte complexe, en periode de crise ( et par des gvt souvent en fin de course), par une simple reponse binaire ne permet pas l'emergence d'une pensée critique, tout le contraire: la reduction des problemes, et des electeurs en deux camps irreconciables, que je déplore. Mais c'est la un autre probleme.
Enfin, je sort un peu du sujet, mais une remarque sur l'interet general/national:
Personne ne nie qu'il y ai des divergences d'interet, lorsqu'il y en a. Au contraire : il y en a. L'UE est faite justement pour trouver des concessions, et eviter les déchirures. En fait, c'est même, maintenant que vous m'y faites penser, un des aspect essentiels de l'UE depuis ses origines: régler les conflits par le consensus.
C'est moins satisfaisant que de "tout" avoir, et finalement tout le monde se sent frustré. Mais ça évite les conflits graves.
Au pire, lorsque cela échoue, on se retrouve avec des coalitions nationales, généralement latines / germaniques ( et non française/pas françaises), comme c'est le cas en ce moment pour la guerre de la banane, et plus généralement sur la PAC. L'exemple de Sarkozy menant sous sa bannière espagne et italie et consorts pour défendre "ses" ( "nos") intérêts à l'omc est patent.
En l'occurrence, j'ajouterai que leur interet, c'est celui d'un lobbie économique: les producteurs de banane.
Mais je me sens peu concerné par ces "interets": les bananes , je les mange, je ne les vends pas.
merci bien