Internet libre: l'amendement européen 138 est sauvé...et rebaptisé
Suite du bras de fer opposant le parlement européen et les États, dont le gouvernement français, au sujet de l'internet libre en france, et en Europe, avec cette fois, la balle dans le camps du parlement européen.
La mauvaise nouvelle
Pour les retardataires, s'il en est, rappelons que la loi Hadopi est un projet de loi du gouvernement français visant entre autre à "éradiquer" le téléchargement "illégal", notamment à travers la mesure dite du " trois rappels et on vous coupe l'internet".
Comme on l'imagine, le hic c'est que justement, l'internet ne permet plus les vieilles cuisines de contrôle "national" comme au temps du minitel. Le gouvernement français a donc du sortir la grosse artillerie : pour que la loi soit réellement efficace, elle suppose rien de moins qu'imposer le filtrage de tout le contenu transféré sur le réseau.
Ce qui déjà, laisse rêveur quand on imagine la masse de données, et surtout la violation systématique de la vie privée que cela suppose, de l'Email au téléphone...de la télévision au forum de discussion.
Mais ce n'est pas tout puisque cette mesure, qui concerne plusieurs dizaines de millions de français, suppose aussi de contourner les procédures de droit afin de pouvoir vous incriminer rapidement grâce à une autorité administrative " d'exception".
Malgré l'absence de résistances au niveau national (le sénat français ayant deja ratifiée HADOPI), la loi française s'est heurtée à plusieurs reprises aux parlementaires européens, notamment à l'amendement 138 du paquet telecom qui, en rappelant l'obligation de respecter les procédures judiciaires, rendait de facto la loi Hadopi inapplicable.
Le Président Sarkozy avait alors fait pression sur la Commission Européenne afin qu'elle retire cet amendement ( votée rappelons le, à plus de de 70 % !). Puis, devant la fin de non recevoir, le président Français avait alors contre-attaqué au conseil des ministres européen, qui représente les gouvernements, ou il avait alors obtenu satisfaction des autres chefs d'États, décidant d'annuler d'un trait de plume l'amendement génant...
La bonne nouvelle
Face à ce déni, Le "comité de conciliation" du parlement européen, qui, dans un premier temps, avait étonnamment accepté d'effacer ce pour quoi les eurodeputés eux même s'étaient battus, s'est vu bien vite désavoué pour faire place à un nouveau comité.
Et celui-ci vient de rétablir l'amendement 138( Bono/Cohen-bendit/Roithová ) qui change de nom et devient l'amendement 46.
Deux autres dispositions, qui avaient été supprimées par les chefs d'États, ont également été restaurées dans le rapport du parlement : l'amendement 136, ( renommé article 32 a) qui rappelle le principe de proportionnalité, ainsi que la suppression de la notion de "discrimination des réseaux" introduite par les lobbies de AT&T
La réactivité du parlement européen dans cette affaire offre dans tous les cas, jusqu'ici, un saisissant contraste avec ce qui se passe au cœur des États. On observe sans équivoque que, contrairement à l'idée reçue, c'est en leur sein que les lobbies agissent avec le plus de facilité, non au niveau européen.
En France, rappelons que c'est ainsi l'ancien PDG de la FNAC qui a été officiellement l'un de ceux chargé de préparer le projet de loi HADOPI...Rappelons egalement que, en outre, pour mieux faire passer le texte au Sénat, le Gouvernement français avait donné au texte un statut "d'urgence", ce qui, conformément aux institutions de ce pays, permit de limiter les débats au minimum. On ne peut pas dire que ce soit là un modèle de démocratie.
La loi est maintenant soumise au vote du parlement français...qui est observé de très près par les principaux intéressés, le site internet de l'assemblée ayant pulvérisé son record d'audience .
L'histoire se répète dans les autres États européens, en Suède, avec le procès intenté récemment au site pPiratebay, mais aussi et surtout au Royaume-uni, ou un nouveau projet de loi vise a transformer l'internet en chaine de TV-cable cadenassée.
Quand les États ont la nostalgie du Minitel et autres Bildschirmtext ....
"ah le bon vieux temps du minitel" semble être la litanie sourde des gouvernements nationaux. Il est vrai que c'était un autre monde et que l'internet y était impossible. Non pas en raison de la technologie de l'époque, mais à cause de l'organisation économique et politique qui prévalait.
Souvenez vous : une seule entreprise aux commandes ( France Telecom, ex PTT), un monopole d'état contrôlant tout, du terminal à la communication. La première conséquence était le prix de la connexion : un seul opérateur, pas de concurrence et donc, des prix prohibitifs.
Ceux qui ont connu le minitel se souviendront de la hantise de la durée lors de chaque 3615...
C'est la privatisation des réseaux qui, en permettant la concurrence, a stimulé l'évolution des services et la baisse des prix. En clair : 30 minutes de minitels coutaient autant en 1989 que votre abonnement ADSL mensuel d'aujourd'hui !
La disparition du monopole à démocratisé l'accès au réseau et stimulé son évolution. Mais l'internet est aussi le fruit d'une autre liberté que cette privatisation a contribué à renforcer : celle de se connecter directement son ordinateur à un autre, hors du cadre étatique ou national. Au besoin, en créant et en hébergeant son propre serveur chez soi, sur lequel héberger son propre "site web".
Et c'est la que réside la différence essentielle de l'internet avec le Minitel, le Prestel britannique ou le Bildschirmtext allemand : à un système centralisé, dépendant de l'État, hiérarchique, proposant des services gouvernementaux ou commerciaux à un public-récepteur passif nous sommes passés à un réseau sans centre, sans dépendance, libre et incontrôlable, ou chaque récepteur peut aussi être émetteur.
On comprend un peu mieux pourquoi les États et les lobbies industriels regrettent tant le minitel.

Bataille pour la présidence du Parlement européen
Sarkozy en guerre contre les téléchargements illégaux
45 % de participation aux dernières élections européennes. Pas cette fois-ci !
Les politiciens européens cherchent des amis sur Facebook
Parlorama.eu rouvrira malgré les menaces du monde politique
Le toit du Parlement européen s’effondre


Commentaires
7 OBSERVATIONS A PROPOS DU PROJET DE LOI H.A.D.O.P.I.
Par Daniel Vangarde, auteur-compositeur, éditeur et producteur de chansons.
Le projet de loi H.A.D.O.P.I. appelle de ma part (après quinze ans de recherches sur l'histoire contemporaine du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle) les 7 observations suivantes:
1. Alors que ce projet de loi est censé protéger le droit d'auteur, l'intitulé "Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des Droits sur Internet" ne fait aucune référence à l'auteur.
2. La diffusion des oeuvres est l'affaire des auteurs et des partenaires qu'ils choisissent. Ce n'est pas l'affaire d'une autorité administrative. En matière de droit d'auteur, il n'existe qu'une autorité, celle de l'auteur. L'autorité de l'auteur s'exerce à travers son droit (le droit d'auteur) de décider librement des conditions d'exploitation de son oeuvre, notamment la manière dont il souhaite la diffuser. Une "haute" autorité administrative qui se substituerait à l'autorité de l'auteur serait la négation même du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle.
3. L'accaparement de l'autorité de l'auteur par une "haute" autorité qui s'autoriserait, sous le prétexte de la protection de la propriété intellectuelle et du contrôle de l'utilisation qui est faite de la musique, à surveiller et espionner la population* au mépris des libertés individuelles fondamentales, ne serait pas une première: un tel procédé fut instauré, mis en place et utilisé en Allemagne puis en France (agents assermentés de la Reichsmusikkammer/Kontrollabteilung et du C.P.A.D.C.E.M....) aux heures les plus sombres de notre histoire contemporaine.
4. Si les sociétés d'auteurs sont déterminées en 2009 à préserver coûte que coûte un système de contrôle et de gestion des droits d'auteur mis au point entre 1933 et 1944, c'est qu'il est impossible de passer d'un système à un autre sans faire l'audit du système que l'on va quitter.
5. Les sociétés d'auteurs unies derrière le projet de loi H.A.D.O.P.I., qui est soumis à la représentation nationale, se présentent comme les protecteurs des droits d'auteur générés par l'utilisation des oeuvres sur Internet. Or, ces sociétés (SACEM, SACD,SCAM, SDRM) ont signé le 13 mai 1996 un "Avenant au protocole d'accord général organismes nationaux de radio-télévision / sociétés d'auteurs du 11 juillet 1983 en ce qui concerne FRANCE 2" par lequel elles ont concédé à la télévision nationale le droit d'utiliser le répertoire qu'elles représentent pour "la diffusion de messages de toute nature (sic) par télématique et, notamment, via INTERNET", sans contrepartie financière. Ces sociétés d'auteurs ont en fait concédé à la télévision nationale française, sans autorisation préalable des auteurs ni contrepartie financière, le droit de diffuser sur Internet les oeuvres du monde entier, qu’elles représentent en France**.
6. L'économie des échanges de propriété intellectuelle à l'heure de la dématérialisation des supports et de la divulgation e-numérique de la création artistique, littéraire et scientifique doit être définie et construite en tenant compte des intérêts, des droits et des devoirs de chacun. Elle doit tenir compte également des évolutions de la société et des avancées technologiques, qui doivent être considérées comme des opportunités nouvelles et non comme des ennemies de la création. C'est un enjeu fondamental de ce début du XXIè siècle.
7. L'arsenal coûteux des technologies de surveillance d'Internet et de ses utilisateurs prévu par le projet "riposte graduée" de la loi H.A.D.O.P.I. (en langage militaire, la riposte graduée vise à éviter l'usage prématuré de la bombe atomique) ne saurait régler la question du téléchargement des fichiers musicaux et audio/visuels. Mais il pourrait être d'une sinistre efficacité en ce qui concerne la surveillance d'Internet et de ses utilisateurs.
* Contrôle et filtrage des réseaux, installation de mouchards électroniques au coeur des terminaux personnels permettant de connaître, contrôler et éventuellement sanctionner le comportement des utilisateurs, etc.
* * Les signataires de cet avenant sont Jean-Pierre ELKABBACH / FRANCE 2, Jean-Loup TOURNIER / S.A.C.E.M., Olivier CARMET (avocat de la S.A.C.E.M. jusqu'en février 1996) / S.A.C.D., Laurent DUVILLIER / S.C.A.M. et Jean-Loup TOURNIER / S.D.R.M..
Je suis volontaire en Tunisie.
Je connais déjà le système qui apparaît en filigramme derrière la loi "HADOPI".
Les sites web sont censurés, les contenus vidéos hébergés sur Daily-motion, you-tube & co que l'on trouve sur d'autres sites que ces derniers sont supprimés, les e-mails surveillés (mailing-liste et e-mail supprimés directement dans votre boîte aux lettres...).
Bref, que du bonheur !
On a bien un web filtré et surveillé !
Je ne le souhaite pas du tout en Europe...!!
Mais ça ferai le bonheur de certain !
Je vous souhaite un avenir radieux...